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22juil. 2020 - Explorez le tableau « ActivitĂ©s : CONTES TRADITIONNELS » de Crayaction, auquel 1 292 utilisateurs de Pinterest sont abonnĂ©s. Voir plus d'idĂ©es sur le thĂšme contes traditionnels, Lemonde de Poetika DĂ©coration Automnale Jeudi 24/10 Les feuilles qui ondulent Sorties ActivitĂ©s manuelles RĂ©veils Toniques Concours Sportifs/ Jeux sportifs RĂ©colte Parc du chĂąteau Initiation vĂ©lo Deviens musicien Origami de l'automne Le parchemin de la lĂ©gende L'illusion Grand Art Sortie Accrospeeder et grand jeu Base de loisirs de Cergy Le mystĂšre de Feuille brune La InsufflezĂ  vos projets la puissance des contes et le pouvoir de lĂ©gende. Coach de de la mĂ©thode de La Voie des Contes ©, auteur de 7 livres et 4 jeux, dont le « Manuel de thĂ©rapie par les contes de fĂ©es », « le Jeu de la voie des contes », « HoraklĂšs », « La SynchronicitĂ© par les contes », « Vivre la magie des contes ». Il enseigne comment passer du conte Ă  la rĂ©alitĂ© DesactivitĂ©s sur le thĂšme des contes de fĂ©es Autour de l’ organisation de cette journĂ©e sur le thĂšme des contes de fĂ©es, les enfants pourront librement, participer Ă  divers stands Wattrelos un monde d’elfes, de hobbits et de lutins pour le centre aĂ©rĂ© Anatole-France . Infos, derniĂšres minutes avec La Voix du Nord Pourquoi Je Ne Rencontre Pas L Homme De Ma Vie. Une fĂ©e est une crĂ©ature lĂ©gendaire fĂ©minine. TrĂšs belle, dĂ©licate, elle est toujours reprĂ©sentĂ©e avec des ailes et une baguette magique qui lui procure des pouvoirs et des dons partculiers. Elles peuvent ĂȘtre minuscules ou immenses et la plus cĂ©lĂšbre est sans aucun doute l'indĂ©modable fĂ©e clochette. Si votre enfant est fan des fĂ©es, vous aurez de quoi lui proposer des activitĂ©s, des coloriages, des jeux ou lui organiser un anniversaire sur ce thĂšme absolument féérique. Il faudra aussi aller voir du cĂŽtĂ© des elfes ou des lutins pour complĂ©ter ce thĂšme trĂšs assimilĂ© aux lĂ©gendes celtes et Ă  la forĂȘt. 403 ERROR The Amazon CloudFront distribution is configured to block access from your country. We can't connect to the server for this app or website at this time. There might be too much traffic or a configuration error. Try again later, or contact the app or website owner. If you provide content to customers through CloudFront, you can find steps to troubleshoot and help prevent this error by reviewing the CloudFront documentation. Generated by cloudfront CloudFront Request ID CI-vIpbKJ9L85UGWVSBpc3sgGJ6d4mEAAAypBNB9BHVYBNHhMW6ENA== RĂ©sumĂ© Plan Texte Notes Citation Auteur RĂ©sumĂ©s Les contes mĂ©diĂ©vaux diffĂšrent fondamentalement des contes de fĂ©es qui sont apparus pour la premiĂšre fois dans les annĂ©es 1550 dans les FacĂ©tieuses Nuits de Giovan Francesco Straparola. Certains motifs qui existent dans les contes de fĂ©es modernes tels que la chaussure ou la sorciĂšre peuvent se trouver aussi dans les contes anciens ou mĂ©diĂ©vaux, mais les contes de fĂ©es traitant d’une pauvre fille ou d’un pauvre garçon recevant une aide magique pour faire un mariage royal n’existaient pas Ă  l’époque ancienne ou mĂ©diĂ©vale. L’article suivant fait la distinction entre les motifs familiers du conte de fĂ©es et les motivations narratives, avance l’hypothĂšse que la dissĂ©mination littĂ©raire a prĂ©cĂ©dĂ© la transmission orale, et offre la preuve que les origines prĂ©-modernes de ce genre de contes de fĂ©es trouvent leurs sources dans les villes et non dans les campagnes chez les paysans. Medieval tales differed fundamentally from fairy tales, which first emerged in the 1550s in Giovan Francesco Straparola’s Piacevoli Notti. Some motifs that exist in modern fairy tales shoe, witch can be found in ancient or medieval tales, but fairy tales about poor girls or boys who are magically assisted to marriage with a royal partner did not exist in the ancient or medieval worlds. The following article distinguishes familiar fairy tale motifs from narrative motivations, suggests that literary dissemination preceded oral transmission, and presents evidence that the early modern origins of this kind of fairy tale lay in cities, and not among peasants in the de page Texte intĂ©gral 1 Je souhaite exprimer mes vifs remerciements Ă  Sophie Raynard-Leroy Ă  qui j’ai demandĂ© en urgence de ... 2 J. Ziolkowski, dans Fairy Tales from Before Fairy Tales Ann Arbor Michigan, University of Michigan ... 3 A. Wesselski Ă©d., 1925. 4 J. Berlioz, C. BrĂ©mond et C. Velay-Vallantin, Formes mĂ©diĂ©vales du conte merveilleux, Paris, Stock, ... 1Selon la sagesse conventionnelle, on fait gĂ©nĂ©ralement remonter les origines du conte de fĂ©es au Moyen Âge. Les spĂ©cialistes du conte concluent donc gĂ©nĂ©ralement que tel ou tel conte est la forme mĂ©diĂ©vale d’un conte de fĂ©es moderne. De plus, les recueils de contes mĂ©diĂ©vaux internationaux, tels que Fairy Tales from Before Fairy Tales2, MĂ€rchen des Mittelalters3 ou bien Formes mĂ©diĂ©vales du conte merveilleux4, portent des titres qui sous-entendent l’existence de contes modernes Ă  l’époque mĂ©diĂ©vale. 5 Fairy Godfather, Fairy-Tale History, and Fairy-Tale Scholarship A Response to Dan Ben-Amos, Jan ... 2L’assimilation de certains contes mĂ©diĂ©vaux Ă  des contes de fĂ©es modernes tient en gĂ©nĂ©ral Ă  deux prĂ©-conceptions. La premiĂšre repose sur une dĂ©finition inexacte des termes respectifs conte de fĂ©es, MĂ€rchen et fairy tale. Je dĂ©bats de cette question terminologique en dĂ©tails dans Fairy Godfather, Fairy-Tale History, and Fairy-Tale Scholarship5 », par consĂ©quent ici je ne mentionnerai que briĂšvement la distinction que je fais en anglais entre folktales », fairyland fictions », restoration fairy tales » et rise fairy tales ». Les folktales » contes du peuple, plutĂŽt que folkloriques au sens oĂč les folkloristes l’entendent sont des contes dont les protagonistes sont des gens ordinaires du peuple, qui font trĂšs souvent l’expĂ©rience d’une amĂ©lioration temporaire de leur statut, mais qui retournentĂ  leur Ă©tat d’origine Ă  la fin du conte. Les fairyland fictions » fictions fĂ©eriques prĂ©sentent toujours quant Ă  elles des mondes parallĂšles, l’un humain et l’autre fĂ©erique, entre lesquels Ă©voluent les protagonistes, souvent avec des rĂ©sultats dĂ©sastreux pour les humains. Les restoration fairy tales » contes de restauration dĂ©crivent la perte de statut d’un personnage royal, ses souffrances, l’accomplissement de tĂąches et la traversĂ©e d’épreuves insurmontables par ce personnage, et son retour final sur le trĂŽne grĂące Ă  un mariage magiquement orchestrĂ© avec un autre personnage royal. Enfin, les rise fairy tales » contes d’ascension prĂ©sentent un hĂ©ros ou une hĂ©roĂŻne pauvre, qui souffre, surmonte des Ă©preuves, et qui parvient Ă  accĂ©der au statut royal et Ă  la richesse grĂące Ă  un mariage magiquement orchestrĂ© avec un personnage royal. Le fait est qu’en anglais un fairy tale comme The Little Red Riding Hood s’appelle un conte de fĂ©es parce qu’il apparaĂźt dans le recueil communĂ©ment appelĂ© Grimm’s Fairy Talees, alors qu’en français la prĂ©sence d’un loup, qui parle dans le conte Ă©quivalent intitulĂ© Le Petit Chaperon rouge, fait de ce conte un conte merveilleux. Or, en rĂ©alitĂ©, que ce conte apparaisse dans la version des Grimm ou de Perrault, il s’agit clairement d’un conte d’avertissement. 6 A. Jolles, Formes simples, Paris, Éditions du Seuil, 1972. 3Le second problĂšme est de mĂȘme un problĂšme de dĂ©finition par nature il a Ă  voir avec ce qu’on entend par un conte et l’histoire qu’il raconte. On peut dire par exemple que les motifs principaux du conte Chat bottĂ© / Puss in Boots sont les suivants un garçon, un chat bottĂ©, un mariage et une conclusion heureuse. Mais ce n’est pas le cas. Ainsi ces quatre Ă©lĂ©ments se trouvent dans la lĂ©gende anglaise de Dick Whittington, qui diffĂšre pourtant de celle-ci au niveau de l’histoire. Par exemple, les attributs fĂ©lins du chat sont exagĂ©rĂ©s dans la quantitĂ© de rongeurs qu’il peut consommer, mais ne sont pas magiques ; d’une part, la fortune de Dick prĂ©cĂšde son mariage, d’autre part, il Ă©pouse une femme appartenant Ă  la classe des commerçants londoniens. En revanche, le pauvre hĂ©ros du Chat bottĂ© de Perrault possĂšde un chat magique, plein de ressources, et qui parvient Ă  lui faire Ă©pouser une princesse, le faisant ainsi accĂ©der Ă  une grande fortune. En d’autres termes, ce conte raconte l’histoire de l’ascension sociale et Ă©conomique d’un hĂ©ros pauvre par son accession au trĂŽne grĂące Ă  un mariage oĂč la magie a eu sa large part. C’est aussi le cas dans les deux histoires dont dĂ©rive le Chat bottĂ© de Perrault, respectivement Gagliuso de Giambattista Basile et Costantino Fortunato de Giovan Francesco Straparola. De cette discussion introductrice, on peut facilement tirer que la signification culturelle et la dĂ©signation littĂ©raire d’un conte — en tant que conte de fĂ©es, lĂ©gende ou autre forme simple6 — dĂ©rivent du genre d’histoire qu’il raconte et non des motifs dont il est composĂ©. 7 Le spĂ©cialiste trĂšs influent, Stith Thompson, a mentionnĂ© l’existence de recueils de contes exempla ... 8 G. Sercambi, Novelle, Giovanni Sinicropi Ă©d., Florence, Casa Editrice Le Lettere, Filologia Te ... 4Je vais suggĂ©rer iciune proposition complĂštement diffĂ©rente Ă  la Renaissance — Ă  savoir Ă  l’époque oĂč Straparola l’a Ă©crite —, l’histoire c’est-Ă -dire le but de la narration en gĂ©nĂ©ral qui a Ă©tĂ© racontĂ©e dans Le Chat bottĂ© Ă©tait nouvelle dans l’histoire littĂ©raire europĂ©enne, et un examen des formes narratives brĂšves au Moyen Âge dĂ©montre cette proposition. Prenons d’abord en considĂ©ration les compilations des contes mĂ©diĂ©vaux. Dans Fairy Tales from Before Fairy Tales, Jan Ziolkowski discute de six contes qu’il qualifie de contes de fĂ©es. Quatre d’entre eux sont des folktales »,l’un d’eux est une lĂ©gende religieuse, et l’autre, Asinarius, est un roman mĂ©diĂ©val abrĂ©gĂ©. Ce dernier ressemble quelque peu Ă  un conte de fĂ©es moderne, mais il ne comporte pas ces composantes essentielles qui sont la souffrance du hĂ©ros, son accomplissement de tĂąches et sa traversĂ©e d’obstacles. De mĂȘme, dans MĂ€rchen des Mittelalters, Albert Wesselski a rapportĂ© une grande variĂ©tĂ© de rĂ©cits brefs mĂ©diĂ©vaux MĂ€rchen, comprenant des contes urbains de voyouterie, comme ceux du DĂ©camĂ©ron de Boccace, et des contes exemplaires racontĂ©s par des prĂȘtres mĂ©diĂ©vaux depuis leur chaire d’église7. Il n’y a aucun conte de fĂ©es dont l’histoire se rapproche de celle du Chat bottĂ© hĂ©ros pauvre + magie + mariage  fortune. Certes, les lecteurs pourraient conclure que l’un des contes du xive siĂšcle que Wesselski a pris des Novelle8 de Giovanni Sercambi 1348-1424 est un conte de fĂ©es, parce qu’il raconte l’histoire d’un paysan dont les compagnons possĂšdent des attributs physiques extraordinaires qui vont l’aider Ă  contracter un mariage royal. Mais, dans ce cas, le conte ne correspond pas Ă  la catĂ©gorie du conte de fĂ©es pour des raisons historico-Ă©conomiques le personnage du jeune paysan appartient Ă  une classe qui n’est plus depuis longtemps familiĂšre, celle de propriĂ©taires terriens prospĂšres, que les commerçants recherchaient souvent comme bons partis pour leurs filles. De lĂ , la pauvretĂ© du paysan de Sercambi n’a rien Ă  voir avec la misĂšre noire que l’on peut trouver plus tard dans le conte de fĂ©es moderne. 9 Selon le catalogue Aarne Thompson Uther Tale-Type Index 300-749. Voir Uther, The Types of In ... 5Dans le troisiĂšme ouvrage, Formes mĂ©diĂ©vales du conte merveilleux, un trio de spĂ©cialistes distinguĂ©s — Jacques Berlioz, Claude BrĂ©mond et Catherine Velay-Vallantin — font prĂ©cĂ©der le recueil d’un dĂ©menti significatif. Il est difficile, disent-ils, de dĂ©finir ce qu’on entend par le terme conte merveilleux, et ils concluent que toute tentative en ce sens mĂšnerait Ă  une discussion sans issue » ouvr. citĂ©, p. 9. Les Ă©diteurs dĂ©finissent le conte merveilleux mĂ©diĂ©val comme une histoire qui comporte gĂ©nĂ©ralement un personnage royal parmi ses protagonistes, de nombreuses figures hĂ©roĂŻques masculines plutĂŽt que fĂ©minines, et un parent proche — pĂšre, mĂšre, frĂšre, sƓur, mari, femme, fils, fille, belle-mĂšre ou beau-pĂšre — qui joue un rĂŽle dĂ©cisif. Chacun des contes merveilleux de leurs recueils comporte un ou plusieurs Ă©lĂ©ments qui figurent dans les contes de fĂ©es modernes9. Mais, selon Wesselski, Berlioz, BrĂ©mond, Velay-Vallantin, Uther et les autres, l’observation qui s’impose, quand on lit les MĂ€rchen mĂ©diĂ©vaux et les contes merveilleux,c’est l’absence notable des contes de fĂ©es tant prisĂ©s dits d’ascension », dans lesquels un pauvre hĂ©ros ou une pauvre hĂ©roĂŻne parvient Ă  Ă©pouser, grĂące Ă  une intervention magique, un Ă©poux royal et devient ainsi riche. 6La remarquable variĂ©tĂ© de contes qui circulent Ă  l’époque du Moyen Âge chrĂ©tien reflĂšte le brassage ethnique de l’Europe celte, germanique et latin, ses cultures religieuses paĂŻenne et chrĂ©tienne et ses milieux sociaux paysan, commerçant et noble. DĂ©veloppĂ©s, Ă©tendus et enrichis par les importations venues de l’est de la MĂ©diterranĂ©e et des cultures asiatiques Ă  travers Byzance Ă  l’est et l’Espagne Ă  l’ouest, ces contes Ă©taient suffisamment variĂ©s pour plaire Ă  chacun. Il y avait des contes paillards qui mĂȘlaient la luxure dĂ©bridĂ©e avec de l’humour de bas-Ă©tage, des allĂ©gories chastes qui rĂ©compensaient un dĂ©sir fervent par une rĂ©compense divine, des interventions miraculeuses qui sauvaient les pĂ©cheurs et mettaient le diable en dĂ©route et des farces urbaines qui se dĂ©roulaient dans des Ă©conomies Ă  rendement nul, oĂč le gain d’une personne reprĂ©sentait la perte d’une autre. Ce sont des rĂ©cits minimaux, des contes dont la briĂšvetĂ© se rĂ©duit Ă  un dĂ©but, un milieu et une fin, dĂ©nuĂ©s de toute intrigue secondaire, de passages descriptifs ou encore de hĂ©ros et hĂ©roĂŻnes individualisĂ©s, tout ceci contrairement Ă  ce qu’on trouve dans les autres formes littĂ©raires. Les premiers contes traitant du sujet de personnages royaux soumis Ă  la souffrance 7Le Moyen Âge a produit une grande quantitĂ© de longs rĂ©cits bien connus. Si l’on considĂšre par exemple les innombrables romans arthuriens, les romans chevaleresques populaires comme Huon de Bordeaux ou Beuve de Hantone, des romances ressemblant aux romans telles Partonopeu de Blois, la lĂ©gende en prose de Jean d’Arras intitulĂ©e Le Roman de MĂ©lusine 1392-1393 et La Belle au cheveux d’or. Ces longs rĂ©cits, et d’autres avec eux, font partie d’un corps de rĂ©cits profanes richement variĂ©s qui ont survĂ©cu sous forme manuscrite depuis la fin du xiie siĂšcle jusqu’au milieu du xve,et mĂȘme plus tard. Ils ont fait florĂšs dans les premiĂšres dĂ©cennies de la culture du livre, et ils ont fourni la matiĂšre aux intrigues des contes de fĂ©es ultĂ©rieurs dits de restauration », ainsi que des motifs aux contes d’ascension » comme Ă  ceux de restauration ». 10 Voir son ouvrage de rĂ©fĂ©rence The European Folktale Form and Nature 1982. 11 W. Maaz, Johannes de Alta Silva », col. 573. 12 Ibid., note 3. 8MĂȘlĂ©es Ă  ces rĂ©cits longs, se trouvent parfois des formes minimales qui dĂ©rivent des romances, des Ă©popĂ©es et des nouvelles, mais qui ont abrĂ©gĂ© leurs intrigues, les ont Ă©purĂ©es de la plupart de leurs adjectifs et n’ont pas individualisĂ© leurs hĂ©ros et hĂ©roĂŻnes souvent sans noms. Ces caractĂ©ristiques se brouillent avec les descriptions des contes de fĂ©es classiques comme le spĂ©cialiste suisse Max LĂŒthi l’a le premier montrĂ©10, mais les contes eux-mĂȘmes racontent des histoires trĂšs diffĂ©rentes. Prenez par exemple le cycle de Sindibad il ne s’agit pas ici de Sindbad le marin. Il est entrĂ© en Europe sous le titre de De rege et septem sapientibus, mais il Ă©tait souvent appelĂ© le Dolopathos, d’aprĂšs le nom du roi dans le rĂ©cit-cadre. Les histoires du Dolopathos sont toutes des histoires exemplaires racontĂ©es pour mettre en garde un roi contre les actions inconsidĂ©rĂ©es, en l’occurrence l’exĂ©cution de son propre fils, que sa seconde femme a accusĂ© d’agression sexuelle sur sa personne. Le jeune homme est innocent de ce crime, mais il a prononcĂ© un vƓu de silence qui le rend incapable de se dĂ©fendre pendant plusieurs jours. Par consĂ©quent, pour sauver sa vie, sept sages racontent au roi, son pĂšre, des contes exemplaires jusqu’à ce que le fils puisse parler Ă  nouveau. RassemblĂ© par le moine cistercien Jean, Ă  l’abbaye de Haute-Seille en Lorraine, Ă  la fin des annĂ©es 1100, le recueil original du Dolopathos contenait sept contes exemplaires et un conte magique voir ci-dessous. Le conte magique et deux des contes exemplaires dĂ©rivent de sources orientales, ce qui fait de Jean l’un des mĂ©diateurs de la matiĂšre narrative du Proche-Orient auprĂšs des cercles littĂ©raires europĂ©ens du Moyen Âge11. Les contes du Dolopathos Ă©taient extrĂȘmement populaires, particuliĂšrement au xve siĂšcle12, et donc le seul conte magique qui s’y trouvait s’est trouvĂ© lui aussi rĂ©pandu au cours des dĂ©cennies qui ont annoncĂ© l’introduction de l’impression. De fait, son intrigue est pour nous d’une signification considĂ©rable. La voici Un jeune roi en train de chasser poursuit une biche jusqu’au fond des bois. Ayant perdu sa trace, il rencontre une nymphe qui tient une chaĂźne en or et qui se baigne dans une source. Il en fait sa femme comme le texte nous le dit chastement, et celle-ci voit dans les Ă©toiles qu’elle a conçu une fille et six garçons. La mĂšre du roi, envieuse, feint de l’affection pour elle et ses sept nouveaux-nĂ©s, mais bientĂŽt fait emporter les nourrissons et les remplace par des chiots. Sous l’influence de la belle-mĂšre, la reine se retrouve enterrĂ©e jusqu’au cou, nourrie de restes, Ă©conduite par son mari et dĂ©daignĂ©e de ses sujets, perdant peu Ă  peu sa beautĂ© Ă  mesure qu’elle maigrit jusqu’à n’avoir que la peau sur les os. 13 Un exemple de la croyance mĂ©diĂ©vale selon laquelle on reconnaĂźt son propre sang. Sept annĂ©es plus tard, le roi aperçoit sept enfants munis de chaĂźnes d’or autour du cou et se trouve touchĂ© par de l’affection naturelle13. De retour au chĂąteau, il dit Ă  sa mĂšre ce qu’il a vu, et celle-ci, Ă  son tour, envoie une servante se renseigner. En observant les garçons se transformer en cygnes tandis que leur sƓur tient leurs chaĂźnes d’or, la servante vole les chaĂźnes pour les donner Ă  la reine. Sans leur chaĂźnes, les frĂšres sont incapables de retrouver forme humaine, et alors, avec leur sƓur, ils s’envolent vers un Ă©tang prĂšs du chĂąteau de leur pĂšre. FascinĂ© par leur beautĂ©, le roi ordonne qu’on les protĂšge. Pendant ce temps, leur sƓur se prĂ©sente au chĂąteau chaque jour et mendie de la nourriture, qu’elle partage ensuite avec la reine Ă  demi-enterrĂ©e sans savoir qu’il s’agit de sa mĂšre. Le roi demande Ă  connaĂźtre l’histoire de cette fille. Au cours du rĂ©cit, la reine mĂšre rĂ©vĂšle sa culpabilitĂ©, la servante avoue sa complicitĂ©, et l’épouse ayant souffert pendant longtemps, retrouve sa place auprĂšs du roi, et c’est la mĂ©chante mĂšre qui se retrouve enterrĂ©e Ă  sa place. 9La transmission du Dolopathos s’est faite relativement lentement sous forme de manuscrit ; mais avec l’invention de l’imprimerie, la cadence s’est accĂ©lĂ©rĂ©e, Ă  mesure que la bibliothĂšque de colportage se rĂ©pandait Ă  travers l’Europe avec les tirages Ă  la centaine. Finalement, la popularitĂ© du Dolopathos s’est Ă©tendue avec The Seven Wise Masters of Rome, et ses histoires se sont ainsi rĂ©pandues en Europe Ă  la fois sous forme manuscrite et sous forme de livres, jouissant d’une telle popularitĂ© que beaucoup d’élĂ©ments inhĂ©rents Ă  l’unique conte merveilleux de Jean de Haute-Seille se sont mis Ă  former partie intĂ©grante des contes de fĂ©es dans les siĂšcles qui ont suivi. Dans ce conte, les transformations qui s’opĂšrent entre cygne et humain relĂšvent de la magie bien que ce ne soit jamais annoncĂ© comme tel. Les deux autres points communs que l’on peut constater entre le conte magique du Dolopathos et les contes de fĂ©es sont les suivants l’hostilitĂ© violente de la belle-mĂšre et la prĂ©sence de l’or comme mĂ©tal symbolique. Les sept annĂ©es oĂč la nymphe s’est trouvĂ©e enterrĂ©e vivante reprĂ©sentent la souffrance intense si caractĂ©ristique des contes de fĂ©es. Mais, Ă©tant donnĂ© que la victime est dĂ©jĂ  mariĂ©e Ă  un roi, il n’y a aucun besoin d’intervention magique pour rĂ©parer cette souffrance et ĂȘtre rĂ©compensĂ© par un mariage avantageux. De mĂȘme, il n’y a pas de mariage royal pour les autres enfants cygnes. 14 Albert Wesselski 1925 a estimĂ© qu’Asinarius Ă©tait le premier MĂ€rchen » MĂ€rchen des Mittelalter ... 10Un autre proto-conte de fĂ©es mĂ©diĂ©val Ă  signaler, c’est la nouvelle en vers d’Asinarius14. Écrite Ă  peu prĂšs Ă  la mĂȘme Ă©poque oĂč Jean de Haute-Seille a rassemblĂ© le Dolopathos, son intrigue, tout comme celle de la reine nymphe victimisĂ©e Ă©voquĂ©e ci-dessus, relĂšve de la restauration sociale Une reine longtemps stĂ©rile tombe enfin enceinte, mais au lieu d’accoucher d’un enfant humain, elle accouche d’un Ăąnon. ÉlevĂ© comme un prince, celui-ci compense son apparence rĂ©pugnante par une grĂące et une politesse exceptionnelles. Quand le prince entre dans le monde, il arrive Ă  la cour d’un roi qui lui offre sa fille en mariage. Durant sa nuit de noces, Asinarius quitte sa peau d’ñne tant dĂ©testĂ©e, mais il la retrouve vite au petit matin. Une servante qui observe ce phĂ©nomĂšne Ă©trange conseille au roi de dĂ©rober la peau d’ñne et de la brĂ»ler. Ainsi privĂ© de sa peau, Asinarius dĂ©sire s’enfuir, jusqu’au moment oĂč le roi lui promet de partager son royaume avec lui. 15 L. Harf-Lancner, Les FĂ©es au Moyen Âge. Morgane et MĂ©lusine la naissance des fĂ©es, Paris, Champio ... 16 J. Ziolkowski, ouvr. citĂ©, p. 342. 11La fĂ©erie consciente est absente des402 vers rimĂ©s d’Asinarius la longue stĂ©rilitĂ© de sa mĂšre est Ă  attribuer Ă  l’hostilitĂ© de Lucine, la dĂ©esse de la conception, et lorsqu’Asinarius naĂźt sous forme d’ñne, c’est bien un Ăąne dont il s’agit. AprĂšs sa naissance, la mĂšre suggĂšre en toute luciditĂ© qu’on noie son Ăąnon de fils, mais le pĂšre plus respectueux intervient, en invoquant l’exemple des dieux paĂŻens des Romains comme Jupiter, Junon, VĂ©nus et Hercule15 pour justifier que le petit prince reste en vie, et parce qu’il est, aprĂšs tout, l’hĂ©ritier lĂ©gitime du trĂŽne16. Les fĂ©es salvatrices ne faisaient pas encore partie du rĂ©pertoire littĂ©raire europĂ©en. 17 Dans le Riquet Ă  la houppe de Perrault, par exemple, le hĂ©ros Ă©minemment intelligent mais extrĂȘmeme ... 18 P. Gatti, Elementi favolistici nell’Asinarius e nel Rapularius », dans La Favolistica Latina in d ... 12MĂȘme l’habiletĂ© remarquable qu’a le prince-Ăąne Ă  chanter d’une voix douce ne lui sert pas de compensation Ă  son apparence horrible, un Ă©change pourtant courant dans les contes modernes de fĂ©erie, oĂč ordinairement le don d’une qualitĂ© accompagne et adoucit les effets d’un mauvais sort17. Au contraire, l’habiletĂ© de cet ĂąneĂ  charmer ses compagnons par ses douces mĂ©lodies est le rĂ©sultat de beaucoup d’entraĂźnement. De mĂȘme, sa dĂ©cision de quitter le royaume de son pĂšre est le rĂ©sultat d’une rĂ©flexion raisonnĂ©e sur son sort, au cas oĂč son pĂšre ne pourrait plus le protĂ©ger du mĂ©pris gĂ©nĂ©ral. De mĂȘme, le retrait de sa peau si dĂ©testĂ©e, au moment oĂč il monte dans le lit nuptial, se fait tout simplement parce que c’est lui-mĂȘme qui l’enlĂšve pour se dĂ©vĂȘtir, et la destruction de cette peau dans l’épisode suivant arrive elle aussi sans intervention fĂ©erique ni rĂ©demption causĂ©e par une Ă©pouse charitable. Tous ces Ă©lĂ©ments font qu’Asinarius ne peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un conte de fĂ©es, particuliĂšrement un conte de fĂ©es d’ascension de la sorte de ceux que Straparola publiera en 155118. 13Comme beaucoup de nouvelles produites avant 1450, Asinarius utilise la sexualitĂ© comme un outil narratif et fait rĂ©fĂ©rence en particulier au plaisir fĂ©minin et au dĂ©sir pour l’acte sexuel. Ainsi, dĂšs le dĂ©but, la reine mĂšre avoue implicitement son penchant aux plaisirs nocturnes quand elle se plaint de ne plus pouvoir en jouir. Ensuite l’auteur d’Asinarius dĂ©crit le duvet pubien et la poitrinenaissante de la princesse parce que ces signes physiques signifient clairement qu’elle dĂ©sire ardemment prendre le premier homme qui se prĂ©sentera Ă  elle. Ensuite, l’offre que fait son pĂšre de la donner en mariage Ă  Asinarius est enrobĂ©e de termes explicitement sexuels DĂ©sirez-vous que notre fille soit dĂ©posĂ©e dans vos bras pour qu’elle puisse participer Ă  des jeux nocturnes avec vous ? » Les plaisirs de la nuit de noces se traduisent par l’évocation de la vierge comme s’étant ruĂ©e dans le lien conjugal ». Ainsi le texte fait complaisamment la chronique de la nuit de noces 19 J. Ziolkowski, ouvr. citĂ©, p. 348. AussitĂŽt il saute dans le lit et la fille aussi. Ce qui suit, ils le savent — et le lit aussi le sait. Je ne pense pas non plus que l’homme qui se cachait pouvait ne pas avoir remarquĂ© quels jeux se dĂ©roulaient ainsi pendant la nuit ! Il tempĂšre la chaleur du dĂ©sir amoureux pour un temps, et elle remplit les fonctions d’épouse pour son mari19. 14Le profond sommeil dans lequel le couple tombe aprĂšs avoir fait l’amour prĂ©cipite la rĂ©solution de la nouvelle puisqu’il rend possible le fait que le pĂšre de la mariĂ©e dĂ©robe et dĂ©truise la peau d’ñne fatale. 20 J. Ziolkowski avance que l’auteur d’Asinarius a conçu ce poĂšme pour un milieu scolaire » p. 204, ... 21 J. Ziolkowski, ouvr. citĂ©, p. 347 et 348. 15À deux moments, le texte fait allusion au lectorat ou Ă  l’auditoire visĂ©s. Ce sont des allusions lĂ©gĂšres sur lesquelles on pourrait passer facilement, mais elles laissent pourtant l’impression distincte qu’il s’agit de citadins aisĂ©s20. Par exemple, l’ñne refuse de s’asseoir au milieu des serviteurs ou parmi les chevaliers, prĂ©textant qu’il n’est pas un Ăąne d’étable ordinaire, mais qu’il vient de la noblesse urbaine. Avec cette remarque, nous rĂ©alisons aussi qu’Asinarius fait partie de ce riche trĂ©sor de contes urbains profanes qui, au Moyen Âge, opposaient les citadins raffinĂ©s aux rustiques paysans, les premiers ayant tendance Ă  amplifier l’humour sur la difformitĂ© rurale de la peau d’ñne. La seconde allusion apparaĂźt avec la description de la ville » dĂ©corĂ©e pour cĂ©lĂ©brer le mariage royal de l’ñne, qui se trouve suivie d’une scĂšne urbaine avec des spectacles acrobatiques donnĂ©s devant le peuple, et non confinĂ©s Ă  l’intĂ©rieur des murs d’un chĂąteau21. 16L’auteur anonyme d’Asinarius n’a pas inventĂ© cette histoire de zĂ©ro, mais il ne l’a pas non plus prise des Amours de PsychĂ© et de Cupidon d’ApulĂ©e, oĂč la monstruositĂ© supposĂ©e de Cupidon n’est en fait pas rĂ©elle alors que celle d’Asinarius l’est vraiment, mais est une laideur imaginaire insinuĂ©e par les sƓurs jalouses de PsychĂ©. L’auteur d’Asinarius, ayant reçu une Ă©ducation classique, connaissait certainement les MĂ©tamorphoses d’ApulĂ©e, communĂ©ment appelĂ© L’Âne d’or depuis des siĂšcles, et il a certainement basĂ© son titre dessus puisqu’il parle d’une lĂ©gende » qui lui a donnĂ© les faits. Mais le conte qu’il raconte est significativement diffĂ©rent. 17La magie d’un Ăąne qui accompagne sa douce voix Ă  la cithare a fascinĂ© Claude BrĂ©mond. Rappelons avec BrĂ©mond ces proverbes antiques Il n’existe aucun Ăąne jouant de la guitare ni de taureau philosophe. » Ou encore Qu’est-ce que la voix d’un Ăąne par comparaison Ă  celle d’une alouette ? » Ou encore Un Ăąne ne prend aucun plaisir Ă  la cithare. » Chacun de ces proverbes contribue Ă  l’élaboration d’un sous-texte, ou d’un prĂ©-texte, fondateur et humoristique, Ă  Asinarius. 22 F. Wagner, Asinarius », dans EnzyklopĂ€die des MĂ€rchens, t. 1, 1977, cols 865-867, ici col. 866. 18BrĂ©mond mettait en garde contre le fait de donner trop d’importance Ă  Asinarius en tant qu’Ɠuvre littĂ©raire, mais cela n’empĂȘche que ce conte a fait l’objet d’une large circulation Ă  l’époque mĂ©diĂ©vale. Au xiiie siĂšcle, dans le Registrum multorum auctorum, Hugo von Trimberg a ainsi classĂ© Asinarius comme un livre qui se lisait dans les Ă©coles aussi bien que dans les foyers22. Il nous paraĂźt alors Ă©vident que NoĂ«l du Fail, au xvie siĂšcle, fait rĂ©fĂ©rence Ă  Asinarius dans son Propos rustique, quand il dit, sans d’autre explication, que l’histoire de Peau d’Âne a Ă©tĂ© racontĂ©e Ă  l’occasion d’une petite rĂ©union. 19Asinarius est plein de dialogues intelligents, d’apartĂ©s amusants et d’embellissements Ă©rudits. Il pourrait, si ce n’était pour son contenu ouvertement sexuel, avoir Ă©tĂ© Ă©crit par Mme d’Aulnoy dans la France du xviie siĂšcle. En effet, le Dauphin » de la conteuse est tout Ă  fait du mĂȘme esprit qu’Asinarius et comporte la mĂȘme fin heureuse sous forme de restauration, mĂȘme si le conte de Mme d’Aulnoy tire d’une autre source, complĂštement diffĂ©rente, Ă  savoir le Pietro Pazzo de Straparola. Toujours est-il qu’il paraĂźt Ă©vident que l’auteur inconnu d’Asinarius Ă©tait tout aussi jovial Ă  la plume qu’Ovide avant lui et que Perrault et Mme d’Aulnoy aprĂšs lui. Les livres de miracles et les contes exemplaires 23 Voir M. J. Lacarra, Cuentistica medieval en Espana Los origenes Saragosse, Departamento de litera ... 24 Caesarius of Heisterbach, Dialogus miraculorum 1219-1223 et Libri VIII miraculorum 1225-1226. 25 Le dominicain Guillaume Perraud, Summa de vitiis et virtutibus before 1250. 26 Giovanni di San Geminiano, Summa de exemplis et similitudinibus rerum c. 1300. 27 Par exemple, la chronique du cistercien HĂ©linand de Froidmont dĂ©but du xiiie siĂšcle, le Speculum ... 20Un second corpus d’histoires Ă  mentionner, c’est le recueil espagnol, Disciplina clericalis, qui a Ă©mergĂ© et a rapidement gagnĂ© en popularitĂ© dans le courant du xiie siĂšcle. ComposĂ© par Petrus Alphonsus, un juif espagnol converti au catholicisme, il introduit des matĂ©riaux moresques, juifs et moyen-orientaux, dans la tradition narrative europĂ©enne. On a dit que Petrus Venerabilis de l’abbaye de Cluny, qui est mort en 1156, avait rassemblĂ© de la matiĂšre pour son propre livre Liber de miraculis, pendant un voyage en Espagne en 1142. Un autre moine, le cistercien Herbert de Clairvaux, a lui aussi publiĂ© un livre influent sur les miracles dans les annĂ©es 117823. L’importance culturelle et littĂ©raire des livres de miracles au xiie siĂšcle repose principalement sur le fait qu’ils reprĂ©sentent une source d’images religieuses commune Ă  un continent entier, que les compilateurs ont adoptĂ©es vers la fin du xiie siĂšcle et au xiiie siĂšcle en Allemagne24, en France25 et en Italie26. De mĂȘme, les chroniques continentales27 contenaient un bon nombre de contes qui pouvaient ĂȘtre mis en pratique par leur aspect exemplaire et propre Ă  former une identitĂ© chrĂ©tienne parmi leurs auditeurs. 21La plupart des livres de miracles ont Ă©tĂ© composĂ©s et dissĂ©minĂ©s en langue latine, mais certains ont Ă©tĂ© composĂ©s dans des langues parlĂ©es et comprises du peuple. Le Manuel des pechiez c. 1270 a Ă©tĂ© conçu pour un auditoire anglo-normand de langue française. Plus tard, Robert Mannyng l’a traduit pour les lecteurs de langue anglaise sous le titre de Handlyng synne. Dans un premier temps, les textes exemplaires ont Ă©tĂ© traduits ou publiĂ©s en espagnol, en anglais, en allemand, en français et en italien, et plus tard dans les langues pĂ©riphĂ©riques de l’Europe comme l’islandais et le tchĂšque. 22L’un des recueils de contes exemplaires les plus populaires de la pĂ©riode mĂ©diĂ©vale, la Scala coeli, a Ă©tĂ© compilĂ© par le moine dominicain Johannes Gobi Junior ? - c. 1350. AssemblĂ© entre 1323 et 1330 dans un monastĂšre de Provence, il Ă©tait dĂ©diĂ© Ă  sainte Marie-Madeleine. Il faut savoir que les contes exemplaires de Johannes Gobi ont Ă©tabli une norme qui a servi de modĂšle de la fin des annĂ©es 1100 jusqu’au dĂ©but des annĂ©es 1300. De lĂ , en effet, sont apparus les genres de contes que l’on trouve assemblĂ©s dans la Scala coeli, aussi bien que les contes individuels eux-mĂȘmes. Ils ont donc eu une rĂ©sonance large et qui a durĂ©. 23Le monde des contes exemplaires du Moyen Âge est un monde dans lequel ce qui est Ă©trange Ă  rapporter relĂšve plus du miracle que de la magie. C’est un monde dans lequel les figures divines interviennent couramment dans la vie quotidienne pour sauver des pĂ©cheurs repentants. Le grand nombre de manuscrits de recueils de contes exemplaires prouve leur large distribution et leur usage courant au Moyen Âge. À la bibliothĂšque de l’universitĂ© de LiĂšge, par exemple, il y a environ 2 000 manuscrits de contes exemplaires, produits Ă  l’origine par les frĂšres de Sainte-Croix. Des recueils de contes exemplaires figurent aussi beaucoup parmi les premiers livres imprimĂ©s. Les prĂȘcheurs mĂ©diĂ©vaux ont rĂ©pandu les motifs et les Ă©vĂ©nements miraculeux des collections de contes exemplaires pendant le haut Moyen Âge et la fin du Moyen Âge, leur rĂ©sonance populaire Ă©tant attestĂ©e par leur prĂ©sence Ă  la fois dans les recueils de sermons du dĂ©but du xiiie siĂšcle, comme ceux de Jacques de Vitry et de son contemporain Odo of Cheriton. 24Les recueils de contes exemplaires ont Ă©tĂ© organisĂ©s de la maniĂšre suivante pour faciliter la documentation et l’usage pratique les histoires ont Ă©tĂ© classĂ©es par ordre thĂ©matique et alphabĂ©tique pour inciter plus facilement Ă  un embellissement ou Ă  un rĂ©cit tout en couleurs. Comme chaque recueil contenait plus de 1 000 histoires, une telle organisation Ă©tait nĂ©cessaire. 28 Ceci est tout aussi Ă©vident dans les manuscrits mĂ©diĂ©vaux qui tous ont Ă©tĂ© malmenĂ©s, comme par exem ... 29 Pour ma discussion sur les livres de miracles, je reconnais ma dette envers Berlioz, BrĂ©mond et Vel ... 25Tous ces recueils ont Ă©tĂ© copiĂ©s Ă  la main Ă  la douzaine, quelquefois mĂȘme Ă  la centaine. Les recueils Ă©taient physiquement transportĂ©s par des moines mendiantsqui voyageaient Ă  pied, qui dormaient sur la mĂȘme paillasse que leurs hĂŽtes et qui mangeaient Ă  la table de gens humbles. Ces livres, qui se prĂ©sentaient sous forme de petits abrĂ©gĂ©s portables, ont beaucoup endurĂ©. Couverts d’annotations, tachĂ©s par la sueur, froissĂ©s et dĂ©chirĂ©s par un usage constant, ils ont perdu de leurs pages, les pages les plus utilisĂ©es Ă©tant souvent parties les premiĂšres28. Le fait que tant d’exemplaires de manuscrits aient survĂ©cu, suggĂšre que le nombre de recueils de contes exemplaires sous forme manuscrite, en circulation Ă  cette Ă©poque, a bien surpassĂ© ceux qui se trouvent maintenant dans les bibliothĂšques et les archives29. 30 Voir l’édition critique de Polo de Beaulieu Ă©d., La Scala coeli de Johannes Gobi [c. 1323-1 ... 26Examinons par exemple la Scala coeli de Johannes Gobi Junior en dĂ©tail30. Chaque histoire est structurĂ©e selon le modĂšle depuis longtemps Ă©tabli pour les contes exemplaires d’abord l’annonce de l’enseignement de l’histoire, ensuite l’histoire elle-mĂȘme et enfin une rĂ©pĂ©tition de l’explication du message introducteur. Les histoires elles-mĂȘmes Ă©taient arrangĂ©es par catĂ©gories selon le sujet depuis Abstinence » Ă  Usure », aussi bien que par catĂ©gorie selon l’auditoire par exemple Marchand », Chevalier », Épouse » et Mari ». 31 Pour en savoir plus sur les croisements entre recueils, voir G. Philippart et B. Dunn-Lardeau, Le ... 32 Par exemple, Johannes Gobi Junior a extrait des histoires profanes d’Ésope, de Macrobe, d’HermĂšs Tr ... 33 Les sources les plus importantes de Johannes Gobi Junior pour l’histoire des contes populaires bref ... 34 Rudolf Schenda attire l’attention sur l’importance des ordres religieux auxquels les prĂȘcheurs appa ... 35 Des versions imprimĂ©es de la Scala coeli ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©es dans les Allemagnes LĂŒbeck, 1476 ; U ... 27L’intĂ©rĂȘt de la Scala coeli pour les historiens du conte de fĂ©es repose sur le fait que les gens du peuple aimaient Ă©couter les sermons qui Ă©taient ornĂ©s d’histoires. Il est tentant pour les spĂ©cialistes de l’oralitĂ© de conclure que si l’on retrouve plus tard dans la tradition orale la prĂ©sence de motifs caractĂ©ristiques Ă  la Scala coeli, c’est donc que la tradition orale est Ă  l’origine de ce on ne peut pas dire que la Scala coeli dĂ©rive de la tradition orale, Ă©tant donnĂ© que seulement cinq de ses rĂ©cits disent que leur compilateur les a entendues », et que, sur ces cinq, quatre sont Ă  attribuer non au folklore collectif ou Ă  un paysan individuel, mais Ă  un homme saint ou Ă  un prĂȘcheur. Le seul conte entendu » qui n’est pas Ă  attribuer Ă  une source religieuse, le no 686, raconte une intervention miraculeuse de la Vierge Marie qui a Ă©tĂ© plus tard documentĂ©e comme Miracle no 22 dans un recueil de miracles de la Vierge datant de 1434, compilĂ© par Jean Herolt31 mort en 1468. Il semble plutĂŽt que la Scala coeli ait dissĂ©minĂ© largement toute une quantitĂ© de sources antiques32 et rĂ©centes33 que l’érudit Johannes a fait figurer dans la prĂ©face34. Ainsi le codex de la Scala coeli est devenu une vaste source de connaissances populaires de contes exemplaires Ă©sopiques et magiques, relayant ces histoires vers l’auditoire des sermons en Europe. Plus tard, la machine Ă  imprimer a facilitĂ© la transmission des histoires de Johannes Gobi dans le monde prĂ©-moderne, oĂč elles ont continuĂ© Ă  prolifĂ©rer35. 28En ce qui concerne la survie des Ă©crits du monde antique dans les contes de fĂ©es de l’époque prĂ©-moderne, il faut noter que Johannes Gobi utilisait, entre autres, les Ă©crits d’Ovide. Ce fait signifie que c’est bien lui qui a transmis l’imagerie ovidienne du monde antique mĂ©diterranĂ©en au monde mĂ©diĂ©val europĂ©en et que les prĂȘcheurs qui ont utilisĂ© les contes du recueil ont fait la mĂȘme chose. Par consĂ©quent, chaque fois qu’un prĂȘcheur itinĂ©rant racontait dans son sermon l’une des histoires de Johannes Gobi dĂ©rivĂ©e d’Ovide, il propageait ce conte auprĂšs de 20-100 auditeurs, fonctionnant ainsi comme un pont littĂ©raire entre le monde antique et le monde mĂ©diĂ©val. 36 64 = ATU 516 Amicus und Amelius adjuvant surnaturel ; 72 = ATU 325 Magician and his Pupil obje ... 37 Voir la liste dans Polo de Beaulieu, Johannes Gobi Junior », EnzyklopĂ€die des MĂ€rchens, t. ... 38 Christoph DaxelmĂŒller renforce cette idĂ©e en 2006 dans son compte rendu de Teufelsmacht und Hexenwe ... 29Le grand nombre de contes de la Scala coeli classĂ©s comme contes magiques dans l’ATU 300-749, dans le recueil des Grimm, rend Ă©vident le fait que les recueils de contes exemplaires ont fonctionnĂ© comme un agent de gĂ©nĂ©ration dans l’histoire des contes merveilleux36. La puissance narrative de la Scala coeli est aussi Ă©vidente par le grand nombre de ses contes qui ont Ă©mergĂ© Ă  nouveau en tant que folktales » dans les siĂšcles ultĂ©rieurs37. Mais d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, on peut dire que les spĂ©cialistes du conte de fĂ©es n’ont pas explorĂ© les recueils de contes exemplaires en profondeur38. 39 B. Fleith et A. Wenzel, Legenda aurea », dans EnzyklopĂ€die des MĂ€rchens, t. 8, 1996, cols 846-855 ... 40 J. Berlioz et al. Ă©ds, Formes mĂ©diĂ©vales du conte merveilleux, ouvr. citĂ©, p. 89. 41 Ceci est pris d’une traduction en français dans ibid., p. 99-101. Le latin original se trouve dans ... 30Le recueil de Johannes Gobi a Ă©tĂ© l’un des recueils de contes exemplaires parmi bien d’autres qui a rĂ©pandu des intrigues contenant le genre d’élĂ©ments magiques parvenus ensuite Ă  caractĂ©riser les contes de fĂ©es Ă  l’époque moderne. La Legenda Aurea c. 1260 de Jacobus de Voragine, sans doute le livre le plus lu dans l’Europe du Moyen Âge, que ce soit sous forme manuscrite ou imprimĂ©e, a rĂ©pandu des contes sur des tueurs de dragons aussi bien que sur toute une variĂ©tĂ© d’évĂ©nements miraculeux qui ont Ă©tĂ© perçus dans les siĂšcles ultĂ©rieurs comme des manifestations magiques39. L’influence des histoires de la Scala coeli de Johannes Gobi est incommensurable. Par exemple, un manuscrit islandais de la fin du Moyen Âge comprend l’histoire no 618 de la Scala coeli40. Une autre histoire de la Scala coeli la no 538 a continuĂ© Ă  ĂȘtre utilisĂ©e en extraits dans des recueils d’histoires profanes ou religieuses jusque dans le courant du xviie siĂšcle, son contenu entretenant une Ă©troite relation avec l’histoire des contes de fĂ©es europĂ©ens41 42 L’explication ouverte que la fille fait pour justifier pourquoi le jeune prince doit l’épouser donn ... Un roi malade qui ne peut ĂȘtre guĂ©ri que par de l’eau provenant de la fontaine de la vie aqua fontis viventis promet son royaume Ă  quiconque lui apportera de cette eau aux vertus restauratrices. Son premier fils cherche sur les berges des fleuves per riparias, le second dans les plaines per planicies, et le troisiĂšme dans les montagnes per montes. Un vieil homme dirige ce dernier vers la fontaine de jouvence fons juventutis. Pour l’atteindre il doit passer devant un serpent mortellement dangereux, un groupe de jeunes filles choristes, des chevaliers et des barons armĂ©s Ă©preuves, avant de pouvoir essayer d’ouvrir en silence le portail tout recouvert de clochettes d’un palais tĂąche impossible. À l’intĂ©rieur du palais, une fille tenant la clĂ© de la fontaine de jouvence lui dit qu’il doit l’épouser, ce qu’il fait. De retour chez lui, il reçoit le royaume de son pĂšre42. 43 J. Berlioz et al., ouvr. citĂ©, p. 100-101 ; Polo de Beaulieu, ouvr. citĂ©, p. 399-400. 31Dans cette histoire, la quĂȘte dangereuse d’une substance mythique l’eau de la vie et protĂ©gĂ©e par toute une sĂ©rie d’épreuves est une tĂąche impossible. Un vieil homme non identifiĂ© donne au hĂ©ros des informations importantes, mais le hĂ©ros, non secondĂ© par une aide extra-terrestre ou magique, rĂ©ussit Ă  relever le dĂ©fi grĂące Ă  ses vertus innĂ©es, son courage et son obĂ©issance. En ce qui concerne la distinction entre le magique et le miraculeux, une explication rhĂ©torique trĂšs explicite en trois parties, qui constitue le dernier tiers du rĂ©cit, dĂ©limite le contenu religieux du conte. Sur le plan spirituel, le texte de Johannes Gobi Junior nous dit que les trois fils humains d’un pĂšre malade reprĂ©sentent trois sortes de personnes. La premiĂšre recherche les plaisirs delicias et frĂ©quente les cĂŽtes. La seconde cherche les plaisirs Ă  nouveau delicias dans les plaines, le lieu biblique traditionnel du pĂ©chĂ©. La troisiĂšme, qui passe par la pĂ©nitence penitencias et choisit de prendre les routes de montagne, passe par quatre Ă©preuves quattuor impedimenta le goĂ»t du serpent pour la vengeance affectio vindicte qui est coluber ; les plaisirs de la chair reprĂ©sentĂ©s par les femmes carnis complacentie que sunt mulieres ; l’attachement des chevaliers pour les choses terrestres et la peur de la pauvretĂ© affectio rei terrene et timor paupertatis qui sunt milites ; et un appĂ©tit de reconnaissance et d’élĂ©vation reprĂ©sentĂ©s par les cloches de l’histoire appetitus honoris qui sunt campanule. Le fils qui est victorieux utilise des moyens matĂ©riels et spirituels pour affronter les Ă©preuves qui lui sont assignĂ©es le bĂąton de pĂšlerin qui rappelle la Passion du Christ, la fuite dans la pauvretĂ©, la rĂ©compense cĂ©leste espĂ©rĂ©e et l’ Ă©ponge de l’humilitĂ© ». Seul le troisiĂšme et dernier fils est capable de pĂ©nĂ©trer dans le palais de la grĂące, de trouver l’amour spirituel et d’obtenir l’eau de la rĂ©mission des pĂ©chĂ©s, de mĂȘme que la jeune femme Ă  l’intĂ©rieur du palais qui devient son Ă©pouse43. 32Le commentaire du prĂȘcheur allonge le conte de moitiĂ©, dĂ©naturant ainsi l’histoire et lui ĂŽtant toute sa validitĂ© narrative. Comme Johannes Gobi le raconte dans son intĂ©gralitĂ©, ce n’est pas un conte de fĂ©es, mĂȘme s’il contient en substance un assemblage de motifs significatifs caractĂ©ristiques des contes de fĂ©es d’ascension et de restauration Ă  partir du xvie siĂšcle — le plus jeune des trois frĂšres, la quĂȘte, les Ă©preuves et la tĂąche impossible, l’accomplissement victorieux qui lui vaut une Ă©pouse royale et l’objet de sa quĂȘte, l’eau de la vie. La maniĂšre dont laquelle Johannes Gobi fait fonctionner ces motifs dans son conte, nĂ©anmoins, ne produit pas un conte de fĂ©es, mais un conte religieux qui manifeste une vision mĂ©diĂ©vale du monde chrĂ©tien. S’il s’agissait d’un conte de restauration, soit son hĂ©ros souffrirait de la difficultĂ© Ă  surmonter les tĂąches et les Ă©preuves qui lui sont prĂ©sentĂ©es, soit sa bontĂ© inaltĂ©rable appellerait Ă  un concours magique sous la forme d’un adjuvant pour qu’il puisse accomplir ses tĂąches. Mais Ă  aucun moment oĂč l’histoire est racontĂ©e et interprĂ©tĂ©e, ces Ă©lĂ©ments n’apparaissent d’une maniĂšre qui corresponde Ă  un paradigme de conte de fĂ©es. 33La littĂ©rature exemplaire du Moyen Âge nous transporte dans un Ă©trange Ă©tat de conscience et d’identitĂ©. Poursuivons avec un autre conte exemplaire du haut Moyen Âge, et dont l’intrigue aussi bien que l’issue confondent le lecteur moderne 44 Ein noch nicht mannbares MĂ€gdlein » est la traduction de A. Wesselski dans MĂ€rchen des Mittelalte ... Une fille non encore en Ăąge de se marier44 a Ă©tĂ© promise Ă  un chevalier. Quand il part outre-mer, il la laisse ainsi que son royaume sous la protection de son sĂ©nĂ©chal. Pendant son absence, la fille devient une charmante jeune femme, et le sĂ©nĂ©chal lubrique la viole. Quand celui-ci s’endort, la jeune femme profondĂ©ment dĂ©shonorĂ©e l’étrangle et demande Ă  un compatriote se trouvant Ă  la cour de l’aider Ă  se dĂ©barrasser du corps. Mais, la traitant de meurtriĂšre, il refuse de l’aider Ă  moins qu’elle ne couche avec lui. Alors, elle promet de le faire avec sa bouche, mais pas avec son cƓur », mais quand il transporte le corps dans un sac jusqu’à un pont, elle le pousse Ă  l’eau, lui et son fardeau, et il se noie. Quand le chevalier revient chez lui, sa protĂ©gĂ©e lui cache la perte de sa virginitĂ© en faisant glisser subrepticement dans les draps du lit nuptial une servante vierge. Une fois dĂ©florĂ©e, cependant, la servante refuse de partir, alors l’hĂ©roĂŻne l’étouffe, camoufle son corps dans un coffre auquel elle met le feu, rĂ©veille son mari, et s’enfuit avec lui dans un endroit sĂ»r. Longtemps aprĂšs, la jeune femme avoue ses mĂ©faits Ă  son confesseur, qui lui prescrit une pĂ©nitence journaliĂšre porter la haire et une autre hebdomadaire se mettre au pain et Ă  l’eau. Mais le diable finit par inciter le confesseur Ă  la convoiter. Menaçant de rĂ©vĂ©ler l’histoire Ă  son mari, il en exige de se soumettre sexuellement Ă  lui. Confiante en la misĂ©ricorde divine, elle refuse. [Sa confiance en Dieu est le point pivotal de l’histoire et c’est apparemment la raison pour laquelle les prĂȘcheurs du Moyen Âge racontaient cette histoire problĂ©matique.] Le confesseur rĂ©vĂšle donc l’histoire au mari sauf bien sĂ»r sa propre action d’extorsion, garantissant son propos en offrant ses yeux si ses accusations venaient Ă  ĂȘtre montrĂ©es fausses. Le vendredi suivant, le mari et le confesseur se rencontrent dans la chambre de la femme, mais Dieu a enlevĂ© tous les signes de sa pĂ©nitence pour ses mauvaises actions passĂ©es, transformant sa haire en une chemise de lin doux et l’eau en vin. Le chevalier transperce alors les yeux du confesseur. 45 A. Wesselski, MĂ€rchen des Mittelalters, 1931, p. 46-47. A. Wesselski a tirĂ© cette histoire de la Co ... 34Les derniers mots de l’histoire renforcent sa morale Et ainsi Dieu sauva la femme repentante qui avait renoncĂ© au pĂ©chĂ© et, dans sa grande misĂ©ricorde, la soulagea de sa culpabilitĂ©45. » 46 A. Wesselski, MĂ€rchen des Mittelalters, 1925, p. 47. Si l’on veut une mesure objective pour les con ... 35La triple meurtriĂšre, dans l’histoire allemande correspondante, Ă©tait dĂ©crite seulement deux fois d’abord dans sa condition prĂ©-pubertaire noch nicht mannbar et Ă  la fin en tant que pĂ©nitente et rĂ©formĂ©e bereuende und der SĂŒnde entsagende46. Ce conte n’est pas Ă  propos du meurtre et de ses consĂ©quences, mais Ă  propos de la divine rĂ©compense pour la pĂ©nitence. 36Au Moyen Âge, les contes exemplaires faisaient partie de la vie religieuse. À l’église, ils Ă©taient intĂ©grĂ©s dans les sermons, et ils Ă©taient aussi rĂ©citĂ©s oralement dehors en plein air. Les lĂ©gendes mariales appartenaient davantage au monde des femmes, peut-ĂȘtre comme lecture de divertissement pour les privilĂ©giĂ©es ou comme consolation pour celles qui Ă©taient plus dĂ©favorisĂ©es. Comme autre objet de divertissement, il y avait aussi les recueils de contes profanes, tels que le Decameron de Boccace. Les Ă©coliers quant Ă  eux s’entraĂźnaient Ă  la lecture avec des livres tels qu’Asinarius, I Reali di Francia et le Ovidius Moralizatus, qui proposaient des exemples de bons comportements en y mĂȘlant l’aventure. Les lĂ©gendes mariales 37De la fin du xiie siĂšcle au milieu du xve siĂšcle, les contes profanes et les fabliaux sont restĂ©s plus ou moins inchangĂ©s en ce qui concerne leurs descriptions de l’indĂ©pendance des femmes et de la maniĂšre dont celles-ci se protĂ©geaient des agressions sexuelles. Vers le dĂ©but de cette pĂ©riode, les contes religieux, y compris les contes exemplaires, racontaient le mĂȘme type d’histoire. Cela n’a pas Ă©tĂ© mieux illustrĂ© que dans les lĂ©gendes mariales. CiblĂ©es principalement autour des femmes, les lĂ©gendes mariales valorisent leurs hĂ©roĂŻnes et compatissent avec leur souffrance. Les difficultĂ©s des femmes dans ces histoires sont gĂ©nĂ©ralement causĂ©es par des parents de sexe masculin ou des hommes d’église abusifs, comme le montre l’exemple du confesseur de la jeune femme que nous avons dĂ©crit plus haut. Dans le conte suivant, la Vierge Marie procure une couverture divine pour un inceste maternel et un infanticide Un vieux sĂ©nateur romain est mariĂ© Ă  une jeune et belle femme, vertueuse de surcroĂźt. Ils restent longtemps sans enfants, mais peu avant la mort du sĂ©nateur, sa femme accouche d’un fils. Dans la solitude de son veuvage, la femme du sĂ©nateur prend le bĂ©bĂ© dans son lit et partage ainsi sa couche avec lui jusqu’à l’adolescence de ce dernier, oĂč une nuit, malgrĂ© lui il la met enceinte. Quand elle rĂ©alise qu’elle a conçu un enfant de son propre fils, la veuve envoie ce dernier au loin pour le protĂ©ger de la connaissance du pĂ©chĂ© qu’il a commis. Quand l’enfant naĂźt, elle le tue et l’enterre en secret. RongĂ©e par la culpabilitĂ©, elle se rend Ă  Rome dĂ©guisĂ©e en MaĂźtre d’art. Intelligente et sage, elle devient une conseillĂšre de confiance de l’empereur. Mais un jour le diable rĂ©vĂšle ses pĂ©chĂ©s passĂ©s au pape, lui offrant comme preuve de lui montrer les os cachĂ©s de son enfant assassinĂ©. La conseillĂšre » nie l’accusation et se jette Ă  la merci de la Vierge Marie, lui promettant de lui construire une chapelle si elle peut empĂȘcher la dĂ©couverte et l’exĂ©cution. La Vierge Marie accepte et enlĂšve les os de l’enfant de sa tombe secrĂšte. Le diable creuse en vain et la veuve rentre chez elle et construit la chapelle. 38Ceci n’est pas un scĂ©nario isolĂ©, mais plutĂŽt un scĂ©nario typique du genre mĂ©diĂ©val Ă©phĂ©mĂšre des miracles mariaux qui montre Marie aidant les femmes en dĂ©tresse. Un simple aperçu des lĂ©gendes mariales mĂšne Ă  la conclusion qu’elles ont moins Ă  voir avec la morale qu’avec le dessein d’établir la suprĂ©matie de Marie sur le diable dans l’esprit des femmes qui souffrent. Les chroniques mĂ©diĂ©vales, les romances de cour et les contes de fĂ©es 39Les chroniques mĂ©diĂ©vales Ă©taient censĂ©es transmettre des comptes rendus historiques d’évĂ©nements passĂ©s. La forme de la chronique pouvait aussi ĂȘtre utilisĂ©e comme structure pour les romances de cour, comme l’a dit Andrea da Barberino c. 1370-c. 1431, quand il a composĂ© I Reali di Francia. CaractĂ©ristique d’un changement par rapport Ă  l’orthodoxie traditionnelle des textes exemplaires mĂ©diĂ©vaux et des lĂ©gendes mariales selon lesquelles les figures divines de Dieu et de la Vierge Marie ont contrĂŽlĂ© la direction de l’histoire de l’humanitĂ©, notre auteur a incorporĂ© dans ses contes des improbabilitĂ©s et des tournures d’évĂ©nements inattendues sans aucune rĂ©fĂ©rence Ă  l’entremise divine. C’est surtout le cas dans l’étrange histoire de la vie de Berthe, la mĂšre de Charlemagne, dans le Livre du Reali di Francia. 47 Les noms de ce couple ont Ă©tĂ© clairement empruntĂ©s aux amants illustres Floire et Blancheflor, dont ... Fille du roi hongrois Floire et de la reine Blancheflor47, la beautĂ© parfaite de Berthe est pourtant gĂąchĂ©e par ses grands pieds. Cette difformitĂ© n’empĂȘche pas le roi mĂ©rovingien PĂ©pin de la demander en mariage. La nourrice de Berthe, Margiste, lui dit que PĂ©pin a l’intention de la tuer pendant la nuit de noces afin de lui substituer sa propre fille, Aliste, dans le lit conjugal. Le lendemain Aliste-Berthe dit Ă  PĂ©pin que Berthe-Aliste a l’intention de la tuer afin que la vraie mariĂ©e soit exĂ©cutĂ©e. PĂ©pin fait alors emmener la vraie Berthe dans les bois pour ĂȘtre tuĂ©e, et Margiste demande Ă  voir le cƓur de Berthe comme preuve de sa mort. Des serviteurs secourables lui substituent le cƓur d’un sanglier aprĂšs avoir abandonnĂ© Berthe dans la forĂȘt, oĂč celle-ci trouve refuge dans la chaumiĂšre d’un couple de paysans. Quand la mĂšre de Berthe vient rendre visite Ă  sa fille adorĂ©e, elle reconnaĂźt que la femme de PĂ©pin est un imposteur aux pieds de taille normale. La trahison de Margiste est ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e et celle-ci est condamnĂ©e Ă  mort, tandis que sa fille, la fausse mariĂ©e, est envoyĂ©e dans un couvent. PĂ©pin rencontre Berthe sans la reconnaĂźtre, et tombe amoureux d’elle. Il omet de s’identifier et l’ Ă©pouse ». La mĂšre de Berthe, dans un second voyage depuis la Hongrie jusqu’à la France, reconnaĂźt sa fille et fait en sorte que son statut royal soit restaurĂ© aprĂšs toutes ces annĂ©es de souffrance. 40Il faut noter que cette chronique mĂ©rovingienne, thĂ©oriquement historique, a Ă©tĂ© composĂ©e Ă  la fin du xive siĂšcle, c’est-Ă -dire quelque huit cents ans aprĂšs les Ă©vĂ©nements supposĂ©s, et doit son origine non Ă  des documents historiques mais au contenu de chansons de geste françaises, et peut-ĂȘtre aussi Ă  un des Lais de Marie de France. Écrit en italien, I Reali di Francia est devenu une source narrative mĂ©diĂ©vale et prĂ©-moderne de laquelle les auteurs ultĂ©rieurs de romances et d’épopĂ©es ont tirĂ© beaucoup et souvent. Par consĂ©quent, bon nombre de motifs et d’épisodes de la chronique de la vie de Berthe font partie de l’hĂ©ritage du conte de fĂ©es europĂ©en Une fausse mariĂ©e remplace la vraie mariĂ©e ; La vraie mariĂ©e est condamnĂ©e Ă  mort, mais est Ă©pargnĂ©e par des serviteurs charitables un motif maintenant insĂ©parable de la Blanche-Neige des Grimm ; Le cƓur d’un animal sauvage, qui dans les contes ultĂ©rieurs a pu ĂȘtre remplacĂ© par son foie ou ses poumons, est prĂ©sentĂ© comme fausse preuve de la mort de l’hĂ©roĂŻne ; L’hĂ©roĂŻne trouve refuge chez des habitants des bois, un motif qui de mĂȘme fait partie de plusieurs contes de Grimm ; Un roi tombe amoureux d’une belle jeune fille qu’il rencontre en chassant dans une forĂȘt ce qu’on trouve dans la GrisĂ©lidis de Perrault aussi bien que dans plusieurs contes de Grimm ; Le roi ne s’identifie pas, mais il couche avec l’hĂ©roĂŻne ce motif a disparu au cours du xviiie siĂšcle, moralement plus conscient, et ne figure pas dans le recueil des Grimm au xixe siĂšcle ; 48 M. Rumpf explore de tels motifs dans Berta » 1979, EnzyklopĂ€die des MĂ€rchens, t. 2, 1979, cols ... L’hĂ©roĂŻne finit par ĂȘtre identifiĂ©e comme la vĂ©ritable Ă©pouse et l’histoire se conclut48. 49 A. Adler, The Structural Meaning of Berta da li pe grandi », Italica, 1950, p. 101. 41Depuis sa premiĂšre composition existante sous forme de manuscrit, le conte de Berthe est passĂ© dans les autres langues, ce qui a produit un motif basique et dense qui s’est rĂ©pandu Ă  travers l’Europe. En outre, ce motif mis en place Ă©tait si riche qu’il a pu ĂȘtre rĂ©crit selon les normes propres Ă  diffĂ©rents genres littĂ©raires mĂ©diĂ©vaux de chaque pays ou de chaque langue dans lesquels il Ă©tait remaniĂ©. En France, par exemple, l’essentiel du conte de Berthe a Ă©tĂ© intĂ©grĂ© Ă  l’épopĂ©e chevaleresque Valentine et Orson, sans conteste le morceau de littĂ©rature populaire le plus influent qui ait jamais Ă©tĂ© composĂ©, avec des centaines de manuscrits et tout autant d’imprimĂ©s, en allemand, en français, en anglais et en italien. I Reali di Francia a aussi Ă©tĂ© l’un des premiers livres imprimĂ©s d’Italie, avec des Ă©ditions qu’on fait remonter Ă  1491, 1511, 1516 et 1547. En dehors de l’Italie, il a circulĂ© dans le nord ainsi que dans le sud de la France, sous forme de manuscrits intitulĂ©s respectivement Berte aus grans pies et Berta da li pe grandi49. 42Le fait que la bigamie ait existĂ© parmi les ancĂȘtres mĂ©rovingiens de Charlemagne est indiscutable, de mĂȘme que les persĂ©cutions des diffĂ©rentes reines Berthe ayant rĂ©ellement existĂ©. NĂ©anmoins, la crĂ©ation littĂ©raire du xive siĂšcle qu’est le Reali di Francia n’a qu’une faible ressemblance avec le fait historique, et seulement dans la mesure oĂč les Ă©vĂ©nements mĂ©diĂ©vaux mĂ©rovingiens peuvent ĂȘtre affirmĂ©s avec certitude. Ce que la chronique de la vie de Berthe fait, c’est rĂ©vĂ©ler l’histoire d’une femme persĂ©cutĂ©e comme c’est le cas des lĂ©gendes mariales. La longueur du conte de Berthe, en revanche, se distingue Ă  la fois des lĂ©gendes mariales contemporaines et des contes de fĂ©es ultĂ©rieurs,tout comme le fait sa parentĂ© avec le panthĂ©on chrĂ©tien pour sa rĂ©solution alignement avec les contes de fĂ©es ultĂ©rieurs vient du noyau de motifs propres au conte de fĂ©es qui ont survĂ©cu des centaines d’annĂ©es et qui sont restĂ©s intacts, mĂȘme en passant Ă  travers toute une sĂ©rie de genres littĂ©raires. Conclusion 50 A. Wesselski, Versuch einer Theorie des MĂ€rchens Reichenberg, Sudetendeutscher Verlag Franz Kraus ... 43Dans cet article j’ai travaillĂ© avec un Ă©chantillon d’histoires mĂ©diĂ©vales pour pĂ©nĂ©trer dans le monde mĂ©diĂ©val Ă©tranger du contage. Les contes de fĂ©es tels que nous les entendons aujourd’hui n’existaient pas encore, affirmation qui est tout Ă  fait conforme avec les conclusions d’Albert Wesselski en 1931, de mĂȘme que celles de Maren Clausen-Stolzenburg qui a Ă©crit deux gĂ©nĂ©rations plus tard, en 199550. 44Les spĂ©cialistes de l’histoire du conte de fĂ©es attribuent depuis longtemps la transmission des contes, ou des Ă©lĂ©ments de contes depuis le monde antique, au Moyen Âge et aux pĂ©riodes prĂ©-moderne et moderne Ă  la transmission orale non documentĂ©e. Rarement, sinon jamais, ont-ils considĂ©rĂ© le rĂŽle au Moyen Âge des prĂȘcheurs comme liens entre le monde antique et le monde mĂ©diĂ©val, ou comme sources de la connaissance populaire des motifs qui ont Ă©tĂ© rĂ©utilisĂ©s par la suite dans les contes de fĂ©es. Cependant, le lien vĂ©rifiable qui existe entre les motifs antiques de Johannes Gobi et les histoires mĂ©diĂ©vales explique ce phĂ©nomĂšne avec plus de persuasion. 45Ce que rapportent les recueils de contes exemplaires et leur usage par les prĂȘcheurs itinĂ©rants, aussi bien que par les prĂȘtres des Ă©glises, tĂ©moigne de l’existence d’une institution bien organisĂ©e et puissante qui a renforcĂ© ce phĂ©nomĂšne de transmission, Ă  savoir celle de l’église et son rĂŽle international au Moyen Âge. Les consĂ©quences sur le contage ont Ă©tĂ© considĂ©rables. Les contes dont on a discutĂ© ici ont tous Ă©tĂ© Ă©crits avant la moitiĂ© du xve siĂšcle. Cette date, quoique constituant une charniĂšre littĂ©raire non conventionnelle dans la chronologie de l’écriture au Moyen Âge, correspond Ă  des changements littĂ©raires significatifs dans le domaine des rĂ©cits brefs. Au siĂšcle qui a suivi, entre 1450 et 1550, il y a eu un profond changement dans la maniĂšre dont les femmes ont Ă©tĂ© dĂ©crites dans les rĂ©cits brefs, sur le sujet des relations sexuelles en dehors du mariage. Les contes brefs qui parlent de la sexualitĂ© fĂ©minine Ă  cette Ă©poque ont des issues profondĂ©ment diffĂ©rentes de ceux qui ont Ă©tĂ© composĂ©s aprĂšs 1550, en ce qu’ils racontent une sorte diffĂ©rente d’histoires. La pĂ©riode 1450-1550 a aussi Ă©tĂ© tĂ©moin d’un changement soudain dans le genre d’histoires qui se racontaient, avec les premiers balbutiements dans l’histoire littĂ©raire europĂ©enne d’un nouveau type d’intrigue, celui du conte d’ascension. Les deux courants ont ensuite fusionnĂ© quand les hĂ©roĂŻnes ont Ă©tĂ© dĂ©nuĂ©es de leur puissance dans les rĂ©cits brefs nouvellement Ă©crits entre 1450 et 1550, et qu’on est entrĂ© dans le monde menaçant des contes de fĂ©es d’ascension qui a Ă©mergĂ© en Italie avec les Piacevoli Notti 1551, 1553 de Giovan Francesco Straparola. Haut de page Notes 1 Je souhaite exprimer mes vifs remerciements Ă  Sophie Raynard-Leroy Ă  qui j’ai demandĂ© en urgence de traduire cet article depuis l’anglais et qui a suspendu toute autre activitĂ© pour s’y consacrer durant un intense Ă©change de trois jours. 2 J. Ziolkowski, dans Fairy Tales from Before Fairy Tales Ann Arbor Michigan, University of Michigan Press, 2006 discute de six contes qu’il qualifie de contes de fĂ©es. Quatre d’entre eux sont des folktales » c’est-Ă -dire, pas des contes de fĂ©es ; voir plus loin pour les diffĂ©rences entre folktales » et fairy tales », l’un d’eux est une lĂ©gende religieuse, et l’autre, Asinarius, est un roman mĂ©diĂ©val abrĂ©gĂ©. Ce dernier ressemble quelque peu Ă  un conte de fĂ©es moderne, mais il ne comporte pas ces composantes essentielles qui sont la souffrance du hĂ©ros, son accomplissement de tĂąches et sa traversĂ©e d’obstacles. 3 A. Wesselski Ă©d., 1925. 4 J. Berlioz, C. BrĂ©mond et C. Velay-Vallantin, Formes mĂ©diĂ©vales du conte merveilleux, Paris, Stock, 1989. 5 Fairy Godfather, Fairy-Tale History, and Fairy-Tale Scholarship A Response to Dan Ben-Amos, Jan M. Ziolkowski, and Francisco Vaz da Silva », Journal of American Folklore, Fall 2010, p. 447-496, ici p. 461-466. 6 A. Jolles, Formes simples, Paris, Éditions du Seuil, 1972. 7 Le spĂ©cialiste trĂšs influent, Stith Thompson, a mentionnĂ© l’existence de recueils de contes exemplaires, mais il a bien prĂ©cisĂ© que ce n’était pas le but de [son] Ă©tude de commencer une discussion des grands recueils littĂ©raires de contes ». Voir S. Thompson, The Folktale, Berkeley/Londres, University of California Press, 1946, rĂ©impr. 1977 et suiv. ma traduction. 8 G. Sercambi, Novelle, Giovanni Sinicropi Ă©d., Florence, Casa Editrice Le Lettere, Filologia Testi e studi, 5 », 1995. 9 Selon le catalogue Aarne Thompson Uther Tale-Type Index 300-749. Voir Uther, The Types of International Folktales A Classification and Bibliography, 3 vols, Helsinki, Academia Scientiarum Fennica, 2004 ; Folklore Fellows Communication, p. 284. 10 Voir son ouvrage de rĂ©fĂ©rence The European Folktale Form and Nature 1982. 11 W. Maaz, Johannes de Alta Silva », col. 573. 12 Ibid., note 3. 13 Un exemple de la croyance mĂ©diĂ©vale selon laquelle on reconnaĂźt son propre sang. 14 Albert Wesselski 1925 a estimĂ© qu’Asinarius Ă©tait le premier MĂ€rchen » MĂ€rchen des Mittelalters, p. 194. Le texte est disponible en traduction anglaise dans J. Ziolkowski, Fairy Tales from Before Fairy Tales 2006, p. 341-350. Le texte latin peut Ă©galement se trouver dans Asinarius, dans Commedie latine del xii e xiii secolo, S. Rizzardi Ă©d., GĂȘnes, Istituto di filologia classica e medieval, 1983, t. 4, p. 137-251. 15 L. Harf-Lancner, Les FĂ©es au Moyen Âge. Morgane et MĂ©lusine la naissance des fĂ©es, Paris, Champion, 1984. 16 J. Ziolkowski, ouvr. citĂ©, p. 342. 17 Dans le Riquet Ă  la houppe de Perrault, par exemple, le hĂ©ros Ă©minemment intelligent mais extrĂȘmement laid a le don de donner l’intelligence Ă  la femme qui l’aime. Des deux sƓurs, la laide est intelligente et la belle stupide. 18 P. Gatti, Elementi favolistici nell’Asinarius e nel Rapularius », dans La Favolistica Latina in distici elegiaci Atti del convegno internazionale, Assisi 1990, G. Catanzaro and F. Santucci Ă©ds, Assise, Accademia Properziana del Subasio Dentro Studi Poesia Latina in Distici Elegiaci, 1991, p. 149-160. Gatti place Asinarius dans la tradition des distiques Ă©lĂ©giaques, qui ont transmis les contes Ă©sopiques et autres contes animaliers du monde antique Ă  travers le Moyen Âge et jusqu’à l’époque prĂ©-moderne. Pour en savoir plus sur le rĂŽle des distiques Ă©lĂ©giaques dans l’histoire de la littĂ©rature mĂ©diĂ©vale, voir R. Adrados, De la Fabula Griega a la Fabula Latina en Disticos Elegiacos » 1991, p. 26-43, qui considĂšre de tels distiques Ă©lĂ©giaques comme une nouvelle phase dans l’évolution du gĂ©nero fabulĂ­stico » p. 27. 19 J. Ziolkowski, ouvr. citĂ©, p. 348. 20 J. Ziolkowski avance que l’auteur d’Asinarius a conçu ce poĂšme pour un milieu scolaire » p. 204, ma traduction, parce qu’il explore des thĂšmes qui auraient trouvĂ© rĂ©sonance auprĂšs de jeunes garçons lorsqu’ils les auraient parcourus » p. 205, idem. Cela dit, mes propres lectures de textes scolaires de l’époque mĂ©diĂ©vale, prĂ©-moderne et moderne Ă  la fois religieux et profanes suggĂšrent en fait le contraire. En effet, il y a deux Ă©lĂ©ments essentiels dans les textes scolaires qui sont complĂštement absents d’Asinarius, Ă  savoir d’une part les rĂ©fĂ©rences explicites Ă  l’enfance des lecteurs et d’autre part la prescription d’obĂ©issance envers les plus ĂągĂ©s et les meilleurs que soi. 21 J. Ziolkowski, ouvr. citĂ©, p. 347 et 348. 22 F. Wagner, Asinarius », dans EnzyklopĂ€die des MĂ€rchens, t. 1, 1977, cols 865-867, ici col. 866. 23 Voir M. J. Lacarra, Cuentistica medieval en Espana Los origenes Saragosse, Departamento de literature Espanola, 1979 et Cuentos de la edad media Madrid, Editorial Castalia, coll. Odres nuevos », 1986, ainsi que R. E. Marsan, ItinĂ©raire espagnol du conte mĂ©dieval viiie-xve siĂšcles Paris, Klincksieck, 1974. 24 Caesarius of Heisterbach, Dialogus miraculorum 1219-1223 et Libri VIII miraculorum 1225-1226. 25 Le dominicain Guillaume Perraud, Summa de vitiis et virtutibus before 1250. 26 Giovanni di San Geminiano, Summa de exemplis et similitudinibus rerum c. 1300. 27 Par exemple, la chronique du cistercien HĂ©linand de Froidmont dĂ©but du xiiie siĂšcle, le Speculum historiale du dominicain Vincent de Beauvais, et bien plus tard la Chronica du franciscain Salimbene c. 1290. 28 Ceci est tout aussi Ă©vident dans les manuscrits mĂ©diĂ©vaux qui tous ont Ă©tĂ© malmenĂ©s, comme par exemple l’Historia Scholastica de Petrus Comestor. Voir R. Bottigheimer, Sacred Stories, Eternal Words, and Holy Pictures, » dans Exhibit Catalog typescript, Houghton Library, Harvard University. 29 Pour ma discussion sur les livres de miracles, je reconnais ma dette envers Berlioz, BrĂ©mond et Velay-Vallantindans Formes mĂ©diĂ©vales du conte merveilleux. 30 Voir l’édition critique de Polo de Beaulieu Ă©d., La Scala coeli de Johannes Gobi [c. 1323-1330], Paris, Éditions du CNRS, 1991. 31 Pour en savoir plus sur les croisements entre recueils, voir G. Philippart et B. Dunn-Lardeau, Les miracles de Jean Herolt 1434 et la LĂ©gende dorĂ©e », Le Moyen Français, no32, 1993, p. 533-567. 32 Par exemple, Johannes Gobi Junior a extrait des histoires profanes d’Ésope, de Macrobe, d’HermĂšs TrismĂ©giste, d’Ovide, de SĂ©nĂšque, de SuĂ©tone, de l’Historia Troiana et de l’Historia Antiqua, de mĂȘme que certains des Ă©crits de thĂ©ologiens chrĂ©tiens de l’AntiquitĂ©. 33 Les sources les plus importantes de Johannes Gobi Junior pour l’histoire des contes populaires brefs qui sont sous-jacents dans les contes de fĂ©es comprennent la Gesta Romanorum, Liber de Septem Sapientibus, Miracula Beate Virginis, Alphabetum Narrationum c. 1308-1310, et plusieurs autres recueils de contes exemplaires, tels que la Gesta Alexandri et Barlaam. 34 Rudolf Schenda attire l’attention sur l’importance des ordres religieux auxquels les prĂȘcheurs appartenaient, en ce que cela a influĂ© sur la maniĂšre dont les rĂ©cits se sont conservĂ©s et se sont rĂ©pandus de 500 Ă  1500, et il nomme en particulier les prĂȘcheurs suivants Jacques de Vitry 1160/70-1240, Caesarius of Heisterbach c. 1180-1240, Étienne de Bourbon xiiie siĂšcle et John Bromyard xive siĂšcle. Voir R. Schenda, Von Mund zu Ohr Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1993, p. 141. 35 Des versions imprimĂ©es de la Scala coeli ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©es dans les Allemagnes LĂŒbeck, 1476 ; Ulm, 1480 ; Strasbourg, 1483, les Pays-Bas Louvain, 1485 et l’Angleterre Boston, 1505. Voir aussi G. Huet, Les RĂ©dactions de la Scala coeli » 1920. Les imprimeurs apparemment en ont modifiĂ© le contenu en enlevant 130 des 1 000 contes exemplaires. Ainsi l’histoire du contenu de la Scala coeli suggĂšre fortement que les goĂ»ts avaient changĂ©, et que ces modifications ont pris place en conjonction avec l’innovation technologique. L’aspect technologique est d’une importance centrale ici car l’invention de la machine Ă  imprimer a grandement Ă©tendu l’exposition du public aux histoires de Johannes Gobi. On ne peut pas savoir si ces changements faits au contenu de la Scala coeli reprĂ©sentent l’évaluation que l’éditeur a faite du goĂ»t du public, l’imposition par la censure de critĂšres nouvellement formulĂ©s de moralitĂ© publique, ou bien l’expression rĂ©elle ou reportĂ©e du choix personnel du lecteur et la preuve de son pouvoir d’achat. Tout ce que nous savons, c’est que 130 contes ont Ă©tĂ© omis. Une analyse et une caractĂ©risation de la nature des contes omis auraient le potentiel de rĂ©vĂ©ler prĂ©cisĂ©ment ce qui Ă©tait tombĂ© en dĂ©faveur entre 1476 et 1505. 36 64 = ATU 516 Amicus und Amelius adjuvant surnaturel ; 72 = ATU 325 Magician and his Pupil objets magiques ; 180 = ATU 706 Maiden without Hands via l’Historia Regum Franciae ; 184 = ATU 712 Crescentia femme calomniĂ©e ; 313 = ATU 510B Peau d’Asne inceste entre pĂšre et fille ; 342 = ATU 592 Dance among Thorns objets magiques ; 474 = ATU 505 The Grateful Dead adjuvant surnaturel ; 520 = Motif K 2111 Joseph and Potiphar’s wife viaLiber Septem Sapientum, avec son roi Dyocletianus » ; 520 = ATU 671 The Three Languages puissances surnaturelles ; 530 = ATU 613 The Two Travelers magic objects ; 537 = ATU 654 The Four Skillful Brothers puissances surnaturelles ; 538 = ATU 551 Water of Life aide surnaturelle ; 556 = ATU 471A The Monk and the Bird ; 618 = ATU 655 The Wise Brothers puissances surnaturelles ; 756 = ATU 470A The Offended Skull ; 797 = ATU 470B The Land Where No One Dies. 37 Voir la liste dans Polo de Beaulieu, Johannes Gobi Junior », EnzyklopĂ€die des MĂ€rchens, t. 7, 1993, cols 598-600. 38 Christoph DaxelmĂŒller renforce cette idĂ©e en 2006 dans son compte rendu de Teufelsmacht und Hexenwerk de U. Brunold-Bigler 2003. Voir C. DaxelmĂŒller, Ursula Brunold-Bigler Teufelsmacht und Hexenwerk. Lehrmeinungen und Exempel in der Magiologia des BartholomĂ€us Anhorn 1616-1700, Chur, Kommissionsverlag Desertina, Quellen und Forschungen zur BĂŒndner Geschichte, 12, 2003 », Fabula, vol. 47, no 3/4, 2006, p. 324-327, ici p. 323. 39 B. Fleith et A. Wenzel, Legenda aurea », dans EnzyklopĂ€die des MĂ€rchens, t. 8, 1996, cols 846-855 1996, ici col. 846. Voir cols 851-852 pour le conte-type et la liste des motifs. 40 J. Berlioz et al. Ă©ds, Formes mĂ©diĂ©vales du conte merveilleux, ouvr. citĂ©, p. 89. 41 Ceci est pris d’une traduction en français dans ibid., p. 99-101. Le latin original se trouve dans Polo de Beaulieu, Ă©d. de 1991, p. 399-400. 42 L’explication ouverte que la fille fait pour justifier pourquoi le jeune prince doit l’épouser donne un bon exemple du style sec de cette histoire Dictum est mihi a domine patre meo quod cum illo milite contraham si, habita victoria de omnibus impedimentis sibi objectis in via, ad me salvus pervenerit. Et quia tu es elle, non solum de fonte juventutis habebis sed me habebis in sponsam. » Polo de Beaulieu, ouvr. citĂ©, p. 399. 43 J. Berlioz et al., ouvr. citĂ©, p. 100-101 ; Polo de Beaulieu, ouvr. citĂ©, p. 399-400. 44 Ein noch nicht mannbares MĂ€gdlein » est la traduction de A. Wesselski dans MĂ€rchen des Mittelalters 1925, p. 46. 45 A. Wesselski, MĂ€rchen des Mittelalters, 1931, p. 46-47. A. Wesselski a tirĂ© cette histoire de la Compilatio singularis exemplorum reproduite chez Alfons Hilka. A. Wesselski a aussi citĂ© Reinhold Köhler, Kleinere Schriften, J. Bolte Ă©d., 1898 f., t. 2, p. 303-399 ; V. Chauvin, Bibliographie des ouvrages arabes ou relatifs aux arabes
, p. 217 ff. ; A. L. Jellinek, Euphorion, 9, p. 163 ; J. Bolte et G. Polivka, Anmerkungen zu den Kinder- und HausmĂ€rchen der BrĂŒder Grimm, 1913 f., t. 3, p. 449 ff. De mĂȘme, le Catalogue of Romances in the Department of Manuscripts in the British Museum le tome 3 a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© par J. A. Herbert en 1910, t. 3, p. 563 46 ; et A. Bricteux, Contes persans, p. 38 ff. E. Tegethoff a retravaillĂ© le texte de MĂ©ons dans le t. 1, p. 109 ff. Toutes les citations sont de Wesselski, MĂ€rchen des Mittelalters [p. 208-209]. 46 A. Wesselski, MĂ€rchen des Mittelalters, 1925, p. 47. Si l’on veut une mesure objective pour les contes minimaux, on pourrait pour chaque conte Ă©tablir un index basĂ© sur la proportion des verbes par rapport au nombre de mots en gĂ©nĂ©ral, et on trouverait alors que cela oscille entre 10 % et 15 %. C’est une proportion courante dans les textes qui sont racontĂ©s oralement ou reprĂ©sentĂ©s sur scĂšne, et pas seulement dans les rĂ©cits minimaux. Par exemple, une romance typique, comme Der arme Heinrich, qui est contemporaine aux textes dont nous parlons, contient une proportion de verbes de 13 % par rapport au nombre total de mots, et une Ă©popĂ©e telle que Nibelungenlied en contient une proportion de 12 %, alors qu’un article encyclopĂ©dique ou un traitĂ© philosophique en contient une proportion bien plus basse. 47 Les noms de ce couple ont Ă©tĂ© clairement empruntĂ©s aux amants illustres Floire et Blancheflor, dont l’histoire de la dĂ©votion mutuelle qui remonte Ă  l’enfance a Ă©tĂ© suivie d’une loyautĂ© Ă  l’adolescence et couronnĂ©e Ă  l’ñge adulte par l’amour. RĂ©pertoriĂ©e partout en Europe — en France c. 1170 et aprĂšs, en Allemagne c. 1200 et aprĂšs, en Angleterre c. 1250, en NorvĂšge c. 1300, en Italie dans les annĂ©es 1300, en GrĂšce fin des annĂ©es 1300 - dĂ©but des annĂ©es 1400, au Danemark 1400 et en Espagne 1512 — l’histoire de Floire et de Blancheflor n’a aucun rapport avec celle de Berthe. Pour plus de renseignements, voir E. Frenzel, Floire et Blancheflor », EnzyklopĂ€die des MĂ€rchens, t. 4, 1984, cols 1310-1315. 48 M. Rumpf explore de tels motifs dans Berta » 1979, EnzyklopĂ€die des MĂ€rchens, t. 2, 1979, cols 157-158. 49 A. Adler, The Structural Meaning of Berta da li pe grandi », Italica, 1950, p. 101. 50 A. Wesselski, Versuch einer Theorie des MĂ€rchens Reichenberg, Sudetendeutscher Verlag Franz Kraus [Prager Deutsche Studien, 45], 1931. Maren Clausen-Stolzenburg a abouti Ă  la mĂȘme conclusion dans MĂ€rchen und mittelalterliche Literaturtradition Heidelberg, C. Winter, 1994.Haut de page Pour citer cet article RĂ©fĂ©rence papier Ruth B. Bottigheimer, Les contes mĂ©diĂ©vaux et les contes de fĂ©es modernes », FĂ©eries, 7 2010, 21-43. RĂ©fĂ©rence Ă©lectronique Ruth B. Bottigheimer, Les contes mĂ©diĂ©vaux et les contes de fĂ©es modernes », FĂ©eries [En ligne], 7 2010, mis en ligne le 31 juillet 2011, consultĂ© le 27 aoĂ»t 2022. URL ; DOI Haut de page Auteur Ruth B. Bottigheimer Research ProfessorDepartment of Comparative Literary and Cultural Studies, State University of New York, Stony Brook, USAHaut de page Droits d’auteur © FĂ©eriesHaut de page DĂ©tails CatĂ©gorie Contes féériques et magiques Créé le lundi 9 septembre 2013 0931 Écrit par Delphine Gaborit - IllustrĂ© par Audrey Sabin Le Conseil des FĂ©es Lire la suite... DĂ©tails CatĂ©gorie Contes féériques et magiques Créé le lundi 9 septembre 2013 0931 Écrit par Delphine Gaborit - Dessins d'Eduardo Silguero La Gomme magique Lire la suite... DĂ©tails CatĂ©gorie Contes féériques et magiques Créé le lundi 9 septembre 2013 0930 Écrit par Delphine Gaborit - illustrĂ© par Nina Raevesteyn Les trois pouvoirs Lire la suite... MĂ©thodes et techniques â–ș Autres fiches techniques â–ș vous ĂȘtes iciFiche techniqueInventer un rĂ©cit fantastiqueSommaire Introduction Les motifs fantastiques Qui raconte le rĂ©cit ? CaractĂšres particuliers du rĂ©cit fantastique La reprĂ©sentation du monde Contes, nouvelles et romans fantastiques IntroductionUn rĂ©cit fantastique est particuliĂšrement difficile Ă  Ă©crire, mais passionnant Ă  inventer. Dans un monde qui est bien le nĂŽtre, celui que nous connaissons, se produit un Ă©vĂ©nement inexplicable. Celui qui assiste Ă  cet Ă©vĂ©nement doit opter pour l’une ou l’autre solution possible ou bien il s’agit d’une illusion, d’un produit de l’imagination, et les lois du monde restent alors ce qu’elles sont explication rationnelle ; ou bien l’évĂ©nement a rĂ©ellement eu lieu, mais alors sa rĂ©alitĂ© est rĂ©glĂ©e par des lois inconnues de nous explication surnaturelle.II ne faut pas confondre fantastique, merveilleux et science-fiction. Le merveilleux implique un monde fĂ©erique qui s’oppose au monde rĂ©el sans en dĂ©truire la cohĂ©rence. Le lecteur ne s’interroge jamais sur l’existence possible des Ă©vĂ©nements surnaturels Ă©voquĂ©s, car il sait trĂšs bien qu’il ne doit pas les prendre au sĂ©rieux contes. La science-fiction est un type de rĂ©cit trĂšs particulier le lecteur ne doit jamais douter des faits qu’on lui prĂ©sente. II doit Ă©viter de critiquer plus il croira, plus il aura de plaisir Ă  la du lecteur est tout Ă  fait opposĂ©e dans un rĂ©cit fantastique il doit douter perpĂ©tuellement des faits qu’il motifs fantastiquesLe plaisir de lire un rĂ©cit fantastique, c’est le plaisir de se faire peur. L’auteur, lui, prĂ©sente les Ă©vĂ©nements sans y croire lui-mĂȘme, bien entendu ! Je ne crois pas aux fantĂŽmes, mais j’en ai peur » tout le fantastique sort de lĂ  !Quels sont les moyens de faire peur ?● Les personnages Spectres, morts-vivants, fantĂŽmes, vampires, loups-garous, doubles, Diable, monstres, possĂ©dĂ©s, automates animĂ©s, poupĂ©es vivantes
● Les lieux Souterrains, labyrinthes, tombeaux, chĂąteaux hantĂ©s, Ă©chafaud, montagnes perdues, cimetiĂšres, ruelles tĂ©nĂ©breuses, chambres secrĂštes
● L’époque La nuit, l’aube, le crĂ©puscule, le brouillard toutes les heures troubles oĂč la vision est perturbĂ©e.● Les thĂšmes Cauchemars, dĂ©lires, sortilĂšges, rĂȘves, pactes avec le dĂ©mon, vengeances de dĂ©funts
Qui raconte le rĂ©cit ?Un rĂ©cit fantastique est presque toujours Ă©crit Ă  la premiĂšre personne du singulier, ce qui permet une identification du lecteur au narrateur, gage de plus grande efficacitĂ© pour crĂ©er la peur !Vous pouvez choisir de faire raconter votre rĂ©cit ● Par un tĂ©moin objectif C’est quelqu’un d’autre que le hĂ©ros, qui en sait autant que lui, mais qui parle Ă  sa place, soit quand celui-ci n’a pas le temps de le faire, soit que l’aventure fait conduit Ă  la mort ou Ă  la folie exemple La VĂ©nus d’Île, de MĂ©rimĂ©e. Ce tĂ©moin observe, note, explique Ă  la premiĂšre personne. Il souligne la disproportion, le dĂ©calage entre l’évĂ©nement fantastique et le monde rĂ©el. C’est frĂ©quemment un savant, un professeur, un mĂ©decin, un dĂ©tective. Mais, bien souvent, il cĂšde la place au hĂ©ros grĂące Ă  un artifice, comme la dĂ©couverte de documents personnels notes, journal intime.● Par le hĂ©ros lui-mĂȘme — Celui-ci peut raconter l’histoire beaucoup plus tard, une fois le calme, l’apaisement venus. Dans ce cas, le fantastique peut ĂȘtre lĂ©gĂšrement teintĂ© d’humour. Il est beaucoup moins tĂ©nĂ©breux et effrayant exemple Le Pied de momie, de Gautier. — Le hĂ©ros peut, au contraire, Ă©crire la suite des Ă©vĂ©nements au fur et Ă  mesure qu’ils se produisent, dans un journal intime, par exemple. On peut alors constater l’accroissement du trouble, de la folie, jusqu’à la catastrophe finale, ce qui est tout Ă  fait effrayant exemple Le Horla, de Maupassant. Dans ce cas, pour que l’identification au lecteur soit plus intense et plus facile, le hĂ©ros est faiblement caractĂ©risĂ© et peu particuliers du rĂ©cit fantastique● Le point de vue est totalement subjectif nous venons de voir que le rĂ©cit fantastique est Ă©crit Ă  la premiĂšre personne, sur le mode du je », pour que nous participions Ă  l’aventure avec un maximum d’intensitĂ©. C’est je » qui voit, qui sent, qui interprĂšte. → À lire Les points de vue ou les focalisations dans un rĂ©cit.● La fin, comme l’ensemble du rĂ©cit, doit ĂȘtre ambiguĂ« le doute, l’hĂ©sitation, doivent se prolonger jusqu’à la fin du rĂ©cit, qui ne peut pas se clore. Sinon, le rĂ©cit deviendrait un rĂ©cit policier exemple Le Chien des Baskerville, de Conan Doyle. Tout le rĂ©cit doit se terminer par un point d’interrogation. Comme le hĂ©ros, le lecteur doute jusqu’à la fin. Les rĂ©cits fantastiques se terminent gĂ©nĂ©ralement fort mal pas de retour rassurant au monde rĂ©el. La fin est ouverte ».La reprĂ©sentation du mondeDans la science-fiction, le dĂ©cor est souvent largement aussi important que l’intrigue tout doit donner l’illusion de la rĂ©alitĂ©. Dans un rĂ©cit fantastique, au contraire, tout doit jouer sur le doute. Le rĂ©el intervient trĂšs fortement au point de dĂ©part, afin d’accentuer le dĂ©calage. Le rĂ©el intervient aussi par la description d’objets, de circonstances, de dĂ©tails de comportement, mais ce rĂ©el est truquĂ©, on assiste au retour obsĂ©dant de certains Ă©lĂ©ments vision imprĂ©cise, bruits inquiĂ©tants, rythmes sourds, frĂŽlements suspects, courants d’air, odeurs bizarres. Mais tout est dĂ©formĂ©, oblique on peut interprĂ©ter tous les phĂ©nomĂšnes dans les deux sens. Le moyen le plus efficace pour inquiĂ©ter, suggĂ©rer l’étrange, c’est de dĂ©crire sans montrer le phĂ©nomĂšne monstrueux n’est jamais vu en pleine lumiĂšre ni sous tous ses angles la nuit, l’ombre souterraine, la pluie, la brume masquent tout en montrant. Pensez-y ! Autre moyen en gĂ©nĂ©ral, le hĂ©ros est si Ă©pouvantĂ© qu’il ne peut pas voir jusqu’au bout. Il raconte en faisant un grand usage de comparaisons, imprĂ©cises, de temps verbaux irrĂ©els, de verbes suggestifs c’était comme si
 cela ressemblait
 On aurait dit une espĂšce de
 » Dans un rĂ©cit fantastique, ce qui importe plus que les thĂšmes Ă©voquĂ©s, c’est le style utilisĂ© dire sans dire, rendre l’absence prĂ©sente. Un vrai travail de prestidigitateur !Contes, nouvelles et romans fantastiquesParmi les contes, les nouvelles et les romans fantastiques les plus connus, vous pouvez lire ● Le Diable amoureux, Jacques Cazotte, 1772. ● Frankeinstein, Mary Shelley, 1818. ● Smarra, Charles Nodier, 1821. ● La Peau de chagrin, HonorĂ© de Balzac, 1831. ● La CafetiĂšre, ThĂ©ophile Gautier, 1831. ● La FĂ©e aux miettes, Charles Nodier, 1832. ● La Dame de pique, Alexandre Pouchkine, 1834. ● Histoires extraordinaires, Edgar Allan Poe, 1856. ● Nouvelles Histoires extraordinaires, Edgar Allan Poe, 1857. ● Le Horla, Guy de Maupassant, 1885. ● La Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde, 1891. ● Dracula, Bram Stoker, et techniques Le commentaire composĂ© La dissertation L’argumentation La lecture mĂ©thodique Autres fiches techniques et de mĂ©thodeArticles connexes Autres fiches techniques. Pistes pour raconter une histoire. Écrire un rĂ©cit initiatique. Le rĂ©cit de voyage. Analyser un mot. – Analyser une phrase. – Analyser un texte. Autres pages Ă  consulter Leçons de grammaire. – Leçons d’expression. – Leçons de conjugaison. – Leçons de vocabulaire. – Leçons d’orthographe. – Leçons d’expression de livresRecherche sur le site

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